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Situation problème : les études et analyses de situation et leurs domaines d’application. Aux sources de l’interprétation.Qu'est-ce qu'une "analyse de situation" selon la sémiotique situationnelle? Quels sont les apports de la sémiotique situationnelle? Quelles sont les origines de la méthode du "tableau panoramique"? Quelles nouvelles études et recherches permet-elle? Quels sont les domaines concernés? Comment se distingue-t-elle des analyses habituellement présentées? Comment rendre compte de l'émergence du sens et des significations en l'utilisant?
Les analyses de situation
Lorsque l’on parle « d’analyse de situation », on précise, en général, de quel type d’analyse il s’agit. Ainsi parle-t-on d’analyse de situation : comptable, économique, ergonomique, stratégique, marketing, de vente, éducative, géographique, écologique, historique… Dans la plupart des cas, l’analyse de situation faite, privilégie un type de renseignements. Il est évident, par exemple, que « l’analyse de situation comptable » (d’une entreprise), va recueillir, traiter et interpréter des informations comptables. Ce type d’informations étant pertinent pour l’analyse recherchée. L’idée « d’informations pertinentes » pour tel ou tel type d’analyse de situation est très importante. Elle signale qu’une « situation » est toujours très complexe dans sa globalité et qu’on la réduit, très souvent, à la recherche d’une problématique liée à un type précis de renseignements. Ainsi, donc, chaque type d’étude de situation, est centré sur un genre reconnu de problèmes. Problèmes économiques, problèmes ergonomiques, problèmes éducatifs, problèmes procéduraux, problèmes épidémiologiques… Mais il existe quantité de cas où « la situation » doit être étudiée d’un point de vue plus global, pour l’homme ou les hommes qui sont les acteurs de cette situation et qui raisonnent et agissent normalement. Comment faire ? La sémiotique situationnelle apporte une réponse. Elle a mis au point une méthode de description des situations de la vie au travail et de la vie quotidienne, situations concernant plusieurs personnes ou groupes en même temps (le « en même temps » est important) : la « méthode du tableau panoramique ». La situation du point de vue des différents participants S’inspirant de l’analyse des situations de l’interactionnisme symbolique (école de sociologie des années 30-40) et de la sociologie phénoménologique (autre courant de la sociologie dont le chef de file est A. Schultz), elle « prend le point de vue de l’homme dans la situation » et démontre que : « ce qui est pertinent pour cet homme dans la situation », est essentiellement sélectionné par ses enjeux (ce que Schultz appelle, si justement, le « système de pertinences »). Les « enjeux » de « l’homme en situation », sont donc essentiels pour connaître ce qu’est la « situation pour lui ». L’affaire peut paraître compliquée, mais, en fait, elle est fort simple. Chaque homme ou chaque groupe, participant à une situation, ayant ses propres enjeux, chaque homme ou chaque groupe, définit donc une « situation pour lui » et pour lui seul. On peut dessiner un tableau pour rendre compte de ce phénomène de définition différente de la « même situation ».
Schéma représentant les composants de la situation
pour deux acteurs différents en fonction de leurs enjeux Les composants essentiels de la définition de la situation Si l’on s’intéresse aux différents éléments sélectionnés par les enjeux d’un acteur de la situation, on s’aperçoit expérimentalement que ces éléments ne dépendent pas de catégories en nombre infini. Ces éléments, au contraire, rentrent dans des catégories limitées qui ont été étudiées et définies par de très nombreux chercheurs en sciences humaines et sociales. Ces éléments concernent : les normes et les valeurs sociales, les positions et les statuts, les relations et leurs qualités, des éléments historiques (passés, présents, futurs), des spécifications de l’espace et du lieu, des éléments touchant la sensorialité. On peut formuler cela autrement et dire que les éléments qui apparaissent dans les situations dépendent de « contextes » ou de « cadres » composant toute situation. Ces contextes ou cadres étant : le contexte des normes, le contexte des positionnements, le contexte de la qualité des relations, le contexte temporel, le contexte spatial et le contexte sensoriel. On arrive ainsi à ce que la sémiotique situationnelle appelle : le « tableau panoramique » de représentation de la situation pour l’ensemble des acteurs de cette situation. Ce tableau permet d’avoir sous les yeux les différentes définitions de la « même situation » pour les différents acteurs. Le tableau panoramique de représentation de la situation
Le tableau, dit « tableau panoramique »
de définition d’une situation pour un ensemble d’acteurs Lorsque l’on parcourt, de gauche à droite, une ligne du tableau concernant un acteur, on comprend comment la situation est définie « pour lui ». On a l’ensemble des « éléments pertinents » pour lui, qui définissent sa situation. On peut comparer sa définition, composée des éléments qui sont importants pour lui, avec la définition d’un autre acteur (personne ou groupe). On découvre alors que la « problématique » de la situation peut être différente pour l’un ou l’autre des acteurs concernés. Les processus de l’interprétation Avec cette comparaison, nous sommes à la source de la compréhension, des incompréhensions et des divergences d’appréciations entre les personnes et les groupes. Cela veut dire que nous pouvons expliquer pourquoi une activité, pour une personne, prend telle signification et pourquoi, pour une autre personne, cette même activité, prend une autre signification. Nous comprenons que leurs interprétations différentes viennent du fait qu’elles ne mettent pas cette activité en rapport avec la même situation, puisqu’elles ne définissent pas la situation de la même manière. Cette remarque est capitale. Elle nous introduit au cœur du phénomène de l’interprétation des choses de la vie quotidienne, interprétation que nous faisons sans arrêt. Car, sans arrêt, nous essayons de donner du sens à ce qui nous entoure. Nous essayons de répondre à la question : « qu’est-ce que cela veut dire ? » lorsque nous voyons tel ou tel phénomène. Et, pour donner du sens et faire émerger les significations, nous mettons le phénomène perçu en relation avec la situation pour nous. C’est à, travers cette mise en rapport, spontanée et permanente, que les significations émergent, pour chaque acteur. Les apports de la sémiotique situationnelle La sémiotique situationnelle apporte d’abord une méthode pour construire scientifiquement les référentiels avec lesquels les différentes personnes ou groupes vont interpréter les phénomènes : elle permet de construire les différentes définitions de la situation pour les différents acteurs (ces définitions différentes, constituant les différents référentiels interprétatifs). Cette construction des référentiels se faisant à l’aide d’entretiens, d’observations et d’étude documentaire. La sémiotique situationnelle permet ensuite de comprendre quelles sont les interprétations faites par les différents acteurs (quelles sont les significations qui sont données aux phénomènes ?), et comment ces interprétations sont faites (comment fonctionnent les processus psychiques qui mènent à ces interprétations ?). Elle insiste sur le fait qu’une interprétation naturelle, comme une évaluation, se font à travers une mise en rapport avec un référentiel. Sa grande innovation est d’avoir simplifié les recherches sur les significations et le sens des faits et des activités, en les ramenant à l’examen attentif de ce qui se passe dans l’utilisation, par les acteurs, de la situation dans laquelle ils sont. La sémiotique situationnelle réaffirme que le sens est toujours : « sens en situation ». Qu’il ne peut être sens, en lui-même, ou sens, tout seul dans le vide des mises en relation. Le type d’étude qu’elle propose se fait à travers des analyses qualitatives des processus de confrontation et de mise en rapport des phénomènes avec les différents contextes de la situation pour chaque acteur. Le site en donne de nombreux exemples. Les applications de la sémiotique situationnelle Les applications de la sémiotique situationnelle sont donc très nombreuses. Elles concernent tous les domaines dont les études et les recherches passent ou peuvent passer, avec avantage, par des analyses de situations et la recherche des émergences de sens ou de signification. Ces applications peuvent, par exemple, concerner : - la littérature et les arts : analyses de situations romanesques, étude de la variation des descriptions selon les points de vue pris par les auteurs, analyses des processus descriptifs amenant des effets émotifs chez le lecteur, analyses de mises en scène de pièces de théâtres ou de cinéma, effets des mises en scènes sur différents publics, analyses de peintures et de tableaux artistiques, variations des jugements esthétiques selon les époques… ; - le management : analyses stratégiques pour des groupes différents, analyses de situations de management de proximité, situations de commandement, situations de vente, de négociation interne, de conflits et de résolutions de conflits, de motivation au travail… ; - le marketing : analyses de situations marketing, de mises en pratique de techniques spécifiques de marketing, de négociations commerciales, de publicités persuasives et autres… ; - la sociologie : analyses de situations interculturelles, de conflits sociaux, de guerre, analyses de situations idiomatiques caractéristiques à un groupe social, à une société, à une civilisation, étude des « mêmes situations » définies différemment par différentes cultures, effets de l’acculturation sur la réinterprétation des situations chez les migrants, études sur le « dépaysement » culturel des touristes… ; - l’histoire : relecture de situations clés historiques, introduction des « points de vue différents » sur la définition d’une « même situation », analyse du sens d’événements dans des recompositions contextuelles nouvelles, déconstructions des interprétations classiques par reconstructions de contextes plus pertinents pour les analyses… ; - les sciences de l’éducation : analyse de situation de formation, de démotivation, reformulation de nombreuses études de ce domaine en termes de conduites en situation, en termes de significations prises par les réactions en fonction de l’environnement, étude en situation des conduites des élèves, étude des effets des variations du « contexte des relations », études des effets sur les conduites des apprenants du système socio-organisationnel créé autour d’eux (effet établissement)… ; - les sciences de la communication : études contextualisantes des phénomènes de communication, étude des « communications » délivrées par les dispositifs socio-techniques, réinterprétation des expériences sur l’influence, extension des études sur la communication aux conduites en situation… Alex Mucchielli
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