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Qu'est-ce que la sémiotique situationnelle ?
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Quelles sont ses origines ? En quoi est-elle différente des sémiotiques classiques ? Pourquoi dit-on que c'est une "sémiotique naturelle"? Comment rend-t-elle compte de l'émergence des significations ? La sémiotique situationnelle est une sémiotique "sciences humaines". Elle trouve ses origines dans la sociologie et dans la psychologie sociale. C'est fondamentalement la sémiotique qui est naturellement utilisée par les hommes pour comprendre les choses de leur monde, c'est-à-dire leur donner du sens. Pour ce faire, les humains "mettent les choses "en situation"". La sémiotique situationnelle développe donc une méthode pour comprendre les mécanismes complexes de cette "mise en situation". Ainsi, la sémiotique situationnelle ne s’intéresse pas à « l’émission » des messages. Elle est centrée sur l’interprétation des expressions en tant que mise en rapport de ces phénomènes expressifs avec des «cadres » composant la situation. Elle concerne donc l’acteur « en situation » confronté à des activités ayant lieu dans la situation, et non un « lecteur », confronté à une lecture d’unités textuelles agencées entre elles dans un texte rapportant une intrigue. C’est pourquoi, la sémiotique situationnelle ne cherche pas à reconnaître des « codes » qui seraient des matrices génératrices de formes de significations. Pour elle, la signification n’est pas un phénomène de «reconnaissance », c’est un phénomène « d’émergence » lié à une contextualisation naturelle faite par l’acteur. Cette contextualisation, c’est l’effort banal et immédiat que fait l’acteur pour répondre à la question : « comment comprendre ce qui se passe ici ? ». Et, pour comprendre, il construit, autour du phénomène, avec les éléments de situation dont il dispose, une « situation ». Pour la commodité des l’analyse, la sémiotique situationnelle décompose cette « situation » en multiples « cadres » (cf. : la méthode"). 1- Origine de la sémiotique situationnelle Rechercher le sens des phénomènes liés aux activités des acteurs sociaux a toujours été la préoccupation principale du grand courant interne aux sciences humaines qu’est le courant de la sociologie compréhensive. - La sociologie compréhensive Dès les années 1880, Wilheim Dilthey réagissait au positivisme d’Auguste Comte et de John Stuart Mills en affirmant qu’il existait trois grands ordres différents de « réalités » abordables par les sciences : l’ordre « mécanique », l’ordre « organique » et l’ordre « humano-historique ». Il démontrait que le dernier ordre de réalité ne pouvait être réduit aux autres ordres. Il montrait aussi que la dualité évidente « Nature/Esprit », nécessitait deux attitudes épistémologiques différentes : l’explication et la compréhension. Cette idée de « compréhension » est au cœur de l’intelligence des faits sociaux pour les chercheurs participants de ce courant de pensée. Cette attitude épistémologique a été transformée progressivement en méthode d’approche par E. Hursell (1913, essence signifiante des choses), M. Weber (1922, comportement rationnel par finalité), les auteurs du courant de l’interactionnisme symbolique (1920, W.I. Thomas & F. Znaniecki, attitudes dans la situation vécue), A. Schutz (1954, expérimentation du monde ayant un sens) et Berger et Luckman (activités typiques et signifiantes dans des situations socialement typifiées). Dans ce courant de pensée, la « situation » s’est progressivement imposée comme le contexte global dans lesquels les phénomènes humains prenaient un sens pour les acteurs de la situation en question. Les différents auteurs du courant de la sociologie compréhensive ont successivement mis l’accent sur les composants essentiels de cette « situation » qui est toujours « situation subjective pour tel ou tel groupe ». - Le concept clé : la situation pour l’acteur W. Thomas (1923) soulignait, dès le départ, le caractère interprétatif de cette situation, interprétation liée aux « attitudes » préétablies des sujets (attitudes elles-mêmes liées aux expériences sociales et personnelles). A. Schutz (1954), insistait sur l’importance, lors de l’interprétation faite, des enjeux et projets des acteurs, rassemblés dans son « système de pertinences ». Tout un courant, issu de la « sociométrie » et du « psychodrame » de J.L. Moréno (1950), montrait comment le réseau des relations d’affinité participe à la définition de sa situation pour l’acteur. Cette insistance sur le système des relations a été reprise, comme on le sait, par l’école de Palo Alto (Watzlawick, 1972). I. Goffman (1974) montrait, pour sa part, que la définition de la situation pour l‘acteur, et donc de ce qui fait sens pour lui, venait essentiellement de ses expériences sociales (« le cadre de l’expérience »), expériences sociales dont participe le « positionnement social » de l’acteur. E. T Hall (1966) mettait en lumière l’importance de la culture et des normes (la « dimension cachée »), dans l’appréciation de ce qui se passe dans la situation. 2- Définition de la sémiotique situationnelle Héritière de l’ensemble de ces recherches, la sémiotique situationnelle recherche le sens des expressions humaines (verbalisations, attitudes, paralangages, conduites, enchaînement de conduites, réalisations matérielles, …) à travers une contextualisation par et dans la situation. Cela veut dire que, signification et sens de l’expression, seront trouvées, pour un acteur social, par une mise en relation de l’expression avec la définition, pour lui, de la situation. S’il s’agit de trouver le sens de la même expression, pour un autre acteur social, on la mettra en relation avec la définition, pour cet autre acteur social, de la « même » situation. Le problème des interprétations différentes des expressions n’est pas un problème central car, très souvent, les situations sont largement socialement définies et, donc, socialement partagées (Berger et Luckman). Cependant, signalons que ce phénomène des interprétations différentes est à la base des difficultés de la communication dite « interculturelle ». De ce fait, la sémiotique situationnelle, qui prend en compte un « contexte normatif » relatif aux normes culturelles, est en première ligne pour les études sur la communication interculturelle. Ainsi, la sémiotique situationnelle ne s’intéresse pas à « l’émission » des messages. Elle est centrée sur l’interprétation des expressions en tant que mise en rapport des phénomènes expressifs avec des « cadres » composant la situation. Elle concerne donc l’acteur « en situation » confronté à des activités ayant lieu dans la situation, et non un « lecteur », confronté à une lecture d’unités textuelles agencées entre elles dans un texte rapportant une intrigue. C’est pourquoi, la sémiotique situationnelle ne cherche pas à reconnaître des « codes » qui seraient des matrices génératrices de formes de significations. Pour elle, la signification n’est pas un phénomène de « reconnaissance », c’est un phénomène « d’émergence » lié à une contextualisation naturelle faite par l’acteur. Cette contextualisation, c’est l’effort banal et immédiat que fait l’acteur pour répondre à la question : « comment comprendre ce qui se passe ici ? ». Et, pour comprendre, il construit, autour du phénomène, avec les éléments de situation dont il dispose, une « situation ». Pour la commodité des l’analyse, la sémiotique situationnelle décompose cette « situation » en multiples « cadres » (cf. : la méthode"). Alex Mucchielli
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