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Les règles de la méthodeL’analyse sémiotique situationnelle repose sur un ensemble de règles. Il faut bien voir que ces règles sont arbitraires. Elles n’ont pas de « vérité » absolue. Ce qui importe, dans ce type d’analyse, c’est que ces règles « marchent », c’est-à-dire qu’elles permettent de comprendre ce qui se passe pour pouvoir intervenir. D’une manière savante, on dit que nous sommes dans une théorie « constructiviste et utilitariste ».
L’analyse sémiotique situationnelle repose sur un ensemble de règles. Il faut bien voir que ces règles sont arbitraires. Elles n’ont pas de « vérité » absolue. Ce qui importe, dans ce type d’analyse, c’est que ces règles « marchent », c’est-à-dire qu’elles permettent de comprendre ce qui se passe pour pouvoir intervenir. D’une manière savante, on dit que nous sommes dans une théorie « constructiviste et utilitariste ».
Si l’on veut critiquer la sémiotique situationnelle, il faut donc la critiquer du point de vue des résultats qu’elle obtient et non du point de vue du système interprétatif qu’elle propose, puisque celui-ci est arbitraire (comme les autres systèmes sémiotiques d’ailleurs). Pour la critiquer du point de vue de ses résultats, il faut comparer ses résultats aux résultats obtenus par d’autres approches sémiotiques. Il faudrait donc, par exemple, reprendre les cas et les analyses qu'elle fait et montrer qu’il y a des manières beaucoup plus adéquates de comprendre les cas concrets apportés. Une manière plus « adéquate », ce serait une procédure qui serait plus rapide et qui amènerait à des interprétations plus fines et, donc plus utilisables. 1- Règle de la contextualisation ou de la « mise en situation » Les phénomènes, les événements, les conduites, …, prennent leurs significations à travers une mise en relation avec les « cadres » constitutifs de la situation pour « l’acteur ». Une signification n’est pas une donnée attachée à un élément du monde ou à une conduite expressive (parole, écrit, comportement, non-action, …). Une signification émerge d’une interaction entre la conduite expressive et les « cadres » de la « situation » dans laquelle elle se déroule. Par ailleurs, cette signification n’est pas identique pour tous les « acteurs » qui se trouvent dans la « situation ». Elle est spécifique à un acteur ou à quelques acteurs. La règle de la contextualisation est la règle fondamentale de l’analyse sémiotique situationnelle. Nous avons vu comment il semblerait que cette règle soit spontanément mise en œuvre par tous les spécialistes de l’interprétation (cf. le Chapitre 1 et ses exemples). 2- Règles de la composition de la situation par des « cadres » La situation de référence est constituée de plusieurs « cadres ». La contextualisation dont nous parlons se réalise en rapport à une situation d’arrière-plan définie par chaque acteur. Cette situation d’arrière-plan apparaît comme étant essentiellement composée de plusieurs « cadres ». Un cadre concernant des intentions et des enjeux, un cadre concernant la culture et les normes, un cadre concernant les positionnements, un cadre concernant la qualité des relations, un cadre spatial, un cadre historique, un cadre spatial et un cadre sensoriel. Chaque « cadre » est composé d’éléments spécifiques et il concerne seulement un acteur puisque la « situation » n’est, par définition, que « situation pour un acteur ». Ainsi, le cadre culturel et normatif est composé des normes, des règles et des valeurs constituant la culture de chaque acteur. C’est par rapport à ce « cadre » que tel ou tel phénomène, pour un acteur considéré, prendra telles ou telles significations. En sémiotique situationnelle, un même phénomène, pour un même acteur est donc analysé en relation avec la série des cadres qui composent la situation pour cet acteur. Il est alors normal que ce phénomène ait plusieurs significations. 3- Règle de la définition de la situation par l’acteur En sémiotique situationnelle, une « situation » n’est pas une partie de l’univers qui est définie objectivement pour tous les « acteurs » présents. Une « situation » n’est, en général, que : « situation-pour-un-acteur ». Chaque acteur, en effet, selon ses préoccupations (intentions et enjeux), sa culture, …, (les « cadres » composant la situation-pour-lui) privilégie, dans l’environnement global, des éléments qui vont constituer sa situation. Il y a, bien entendu, des aspects individuels et des aspects collectifs dans les définitions des situations réalisées par les différents acteurs. Cela veut dire qu’il y aura des éléments qui n’auront d’existence que pour tel ou tel acteur et qu’il y aura des éléments de la situation qui existeront pour plusieurs acteurs présents dans la situation. Cette règle est très importante. Elle rend compte des nombreuses divergences d’interprétation qui peuvent exister, dans la vie quotidienne, entre les différents acteurs participant à une situation. 4- Règle de la composition du sens global Par définition, le sens global d’un phénomène pour un acteur, est la synthèse, réalisée par l’acteur, des « significations » diverses qu’il donne au phénomène dans la « situation ». Nous avons vu que les différentes significations d’un même phénomène expressif venaient d’un travail de mise en rapport avec les « cadres » constitutifs de la situation. Une situation comportant plusieurs cadres, le même phénomène a normalement plusieurs significations. Du point de vue de l’acteur (point de vue duquel il faut toujours se placer), ces significations s’additionnent pour donner le « sens global ». Les exemples que nous avons traités étaient volontairement simplificateurs puisque l’on recherchait les significations par rapport à un seul cadre dominant. Mais, dans la plupart des situations, les différents « cadres » sont présents et fournissent donc différentes significations. 5- Règle de l’interdépendance des cadres de la situation Les « cadres » qui, par définition, composent une « situation-pour-un-acteur » ne sont pas indépendants les uns des autres. Ils s’emboîtent les uns dans les autres, ils renvoient les uns aux autres. Une « disposition spatiale », nous l’avons vu, renvoie souvent à des « normes culturelles ». Les « positionnements » des acteurs sont largement enchevêtrés avec le « système de la qualité des relations » qui relie ces acteurs entre eux. Les enjeux des acteurs sont souvent reliés aux normes traditionnelles qui composent nécessairement la situation… Rappelons que c’est par commodité méthodologique que la « situation » a été décomposée en « cadres ». Il découle de cette règle que pour faire une analyse sémiotique situationnelle, l’analyste pourra partir de n’importe quel « cadre ». Il considérera, pour débuter son analyse, le cadre qui lui apparaît le plus fortement mis en cause dans la situation. Il cherchera les significations liées à ce premier cadre et passera ensuite aux autres cadres qu’il lui semble intéressant de considérer. La prise en compte de deux ou trois cadres, épuise souvent les significations émergentes autour d’un même phénomène. Dans la présentation de nos « cadres » interprétatifs, nous avons donné un ordre à ceux-ci : cadre des intentions et des enjeux, cadre culturel et des normes, cadre des positionnements, cadre des qualités des relations, …, cet ordre présente les choses en fonction des cadres qui semblent, au regard de l’expérience, être le plus souvent mis en cause. 6- Règle de la logique des conduites Les acteurs font ce qui a, au total, un sens positif pour eux ; ils ne font pas ce qui a un sens négatif. C’est là une règle simple et évidente que l’on peut vérifier tous les jours. La sémiotique situationnelle a de l’intérêt puisqu’elle permet de comprendre pourquoi les acteurs font ou ne font pas telle ou telle chose dans telle ou telle situation. Elle permet de rentrer dans le fonctionnement intime des phénomènes comportementaux. Pour faire changer la conduite d’un acteur, il faut donc que la conduite de cet acteur prenne un autre sens. Nous avons vu comment, par une modification de la situation, on peut faire changer ce sens et faire faire autre chose à l’acteur. La sémiotique situationnelle porte donc en elle toute une théorie de l’activité humaine. Donnant le primat à la « situation », elle semble s’opposer à de nombreuses théories qui donnent le primat à l’affectivité interne de la « personnalité » des acteurs. Mais ce n’est là qu’une apparence, car cette affectivité se retrouve, sous une autre forme, dans la sélection des éléments pertinents de la situation faite par l’acteur. 7- Règle de l’assimilation des significations-pour-les-acteurs à des communications reçues par eux Les significations perçues par les acteurs de la situation peuvent être considérées comme des « communications » qui s’adressent à eux et qu’ils reçoivent. Les acteurs fabriquent eux-mêmes des émergences de sens liées à des mises en relation avec les cadres composant la situation. Cette règle est une conséquence innovante de l’approche des significations par la sémiotique situationnelle. Ce que veut dire une chose, c’est identiquement ce qu’elle signifie et c’est aussi le « message » que je reçois d’elle. Le « message » est attaché à une ou plusieurs significations et, réciproquement, une signification est souvent un « message » envoyé et reçu par un acteur social précis. Comme un « message », une signification construit le monde perçu par le sujet. Ce monde perçu est d’ailleurs constitué par l’ensemble des significations qu’il porte. Il existe donc une interaction permanente entre le sujet (ou l’acteur social) et le monde dans lequel il vit. Ce monde « communique » sans arrêt avec lui à l’aide des significations que le sujet lui-même donne aux éléments constitutifs de ce monde. L’homme « n’est plus au monde », l’homme et le monde sont corrélatifs l’un de l’autre. L’acteur et sa situation sont les deux faces d’un même phénomène global. Alex Mucchielli
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