Les concepts de la sémiotique situationnelle

Toute théorie repose sur des principes et des concepts. Principes et concepts étant intimement liés et, par ailleurs, instrumentalisant une méthode. Pour pouvoir utiliser la sémiotique situationnelle, il faut connaître les concepts qu'elle utilise. Acculturation ; Activités en situation ; Besoin inné ; Cadrage d’une situation par un sujet ; Cadrage standard culturel ; Conduite collective ; Conduite en situation ; Compte-rendu phénoménologique ; Contextualisation (processus de) ; Contextes ou cadres constitutifs d'une situation ; Cadre des positionnements ; Cadre organisationnel ; Cadre pertinent pour un acteur ; Éléments significatifs d'une situation ; Enjeux et projets (contexte ou cadre des) ; Intrasubjectif ; Logique d’une structure ; Métacommunication ; Modélisation de la situation pour un sujet ; Norme ; Normes de l’action (contexte ou cadre des) ; Panoramique des visions individuelles d’une situation ; Positionnements (contexte ou cadre des) ; Processus ; Qualité des relations (contexte ou cadre de la) ; Signification et sens ; Situation et définition collective partagée de la situation ; Situation pour un sujet. (Copyright A. Mucchielli)



Liste des concepts présentés :

Acculturation ; Activités en situation ; Besoin inné ; Cadrage d’une situation par un sujet ; Cadrage standard culturel ; Conduite collective ; Conduite en situation ; Compte-rendu phénoménologique ; Contextualisation (processus de) ; Contextes ou cadres constitutifs d'une situation ; Cadre des positionnements ; Cadre organisationnel ; Cadre pertinent pour un acteur ; Éléments significatifs d'une situation ; Enjeux et projets (contexte ou cadre des) ; Intrasubjectif ; Logique d’une structure ; Métacommunication ; Modélisation de la situation pour un sujet ; Norme ; Normes de l’action (contexte ou cadre des) ; Panoramique des visions individuelles d’une situation ; Positionnements (contexte ou cadre des) ; Processus ; Qualité des relations (contexte ou cadre de la) ; Signification et sens ; Situation et définition collective partagée de la situation ; Situation pour un sujet. (Copyright A. Mucchielli)

Acculturation : :

est un processus qui voit les collaborateurs sociaux intégrer, par immersion culturelle, toutes les façons de faire et de penser d’une société. Ce terme peut aussi désigner le résultat du processus d’acculturation. On dit de quelqu’un qui a bien intégré les influences de sa société qu’il est « acculturé ». A l’inverse quelqu’un qui n’est pas « acculturé » est toujours en porte à faux vis-à-vis de la société dans laquelle il se trouve. Il n’en partage pas les normes et les valeurs, il ne comprend pas non plus ces normes et ces valeurs qui lui sont étrangères.

Activités en situation :

parler, agir, penser, raisonner, calculer, questionner, s’informer, explorer, inférer, délibérer, contester, décider, ... sont des activités faites “en situation” (c’est-à-dire dans une situation). Elles sont réalisées par des acteurs sociaux (individus, groupes, organisations, ...) impliqués dans des situations de la vie concrète qui leur posent des problèmes. Ces activités s’appuient sur les “éléments pertinents” (ou “objets cognitifs” présents), pour eux, dans les contextes constitutifs de la situation. Ces “éléments pertinents” leur fournissant informations, connaissances, orientations, orientations d’actions, ..., dont ils se servent.

Cadrage d’une situation par un sujet :

c’est la délimitation arbitraire donnée à la situation par un sujet. C’est l’ensemble des éléments concrets ou idéels et des phénomènes qu’il englobe dans sa prise en compte de ce qui fait la situation pour lui. Cette délimitation est le plus souvent le fruit des habitudes de penser liées à la formation intellectuelle et à l’expérience professionnelle. Plus le cadrage est large, plus la situation se complexifie dans la compréhension que le sujet peut en avoir. La communication intervient aussi sur les différents cadrages que les collaborateurs peuvent avoir d’une même “situation”.

Cadrage standard culturel :

c’est un système de référence qui sert de base d’interprétation à des acteurs sociaux pour comprendre et évaluer une situation ou un ensemble d’activités. Ce cadrage de référence est essentiellement fondé sur des valeurs et normes sociales partagées. Il « va de soi » pour la plupart des acteurs d’une même situation qui ont la même acculturation (acteurs d’une même entreprise, d’un même pays,...).

Conduite collective :

c’est une communication, un comportement, une manière de faire, une attitude qui sont partagés par tous les membres d’un groupe ou d’une collectivité. Lorsqu’il s’agit de communication verbale, les personnes ne disent pas exactement les mêmes choses (mêmes mots, mêmes phrases) mais les objectifs des propos sont les mêmes sous des “contenus” variés. Dans le cas : “le manager technocrate”, le groupe de chefs de service a, par exemple, une conduite “collective” de “désengagement” par rapport au groupe de coordination et à sa mission. Ils “participent du bout des lèvres”, ils n’avancent aucune idée vraiment constructive, ... Leurs conduites là-dessus sont interchangeables. Leurs personnalités propres s’effacent pour laisser place à une même forme d’activité.

Conduite en situation :

dans la conception situationnaliste de l’action, les différentes formes d’action (parole, attitude, conduite, ensemble de conduites,...) mises en oeuvre par un acteur social (individu, groupe, institution,...) sont à concevoir comme des éléments de solution que le sujet tente de mettre en oeuvre face au(x) problème(s) qui constitue(nt) pour lui la trame des situations enchâssées les unes dans les autres dans lesquelles il se trouve.

Par ailleurs, la conduite en situation n’est pas le résultat exclusif d’une délibération intrapsychique ou le résultat de la mise en oeuvre d’un programme d’actions lié à un habitus ou à des valeurs et à des normes imposant des contraintes majeures. La conduite en situation s’appuie, certes, sur des éléments intra-psychiques de connaissances de la situation dans laquelle le sujet se trouve, elle s’appuie aussi sur des éléments normatifs présents dans la situation et dont le sujet ne peut pas ne pas tenir compte. Elle s’appuie aussi sur des éléments qui constituent un essentiel de la situation pour le sujet (Fornel M. et Quéré l., 1999 ; Suchman L., 1987). Dans ces éléments situationnels, constitutifs de la situation-pour-le sujet, ses propres objectifs poursuivis, ses différents enjeux ainsi que sa représentation de la situation future à atteindre comptent. De même, l’analyse plus ou moins intuitive ou rationnelle de la situation pour lui, s’appuie sur les idées qu’il se fait des autres acteurs, de leurs enjeux et de leurs réactions possibles, sur les idées qu’il se fait des situations qu’ils construisent à partir de la situation soi-disant partagée et sur d’autres éléments qui apparaissent comme constitutifs de la problématique de la situation.

La conduite en situation d’un acteur est aussi influencée par l’action même qu’il est en train de mener. C’est dans ce cours d’action que la situation se transforme sans cesse, lui offrant des émergences de nouveaux éléments qui apparaissent avec leur « cognition incorporée » et leurs propositions d’interactions ou significations dans le cours d’action. La conduite en situation est une sorte de fiction car elle est la photographie, à un moment donné, d’une activité en cours d’un acteur en situation. Mais rien ne reste figé : la situation est transformée par l’activité du sujet, cette transformation modifie en boucle les potentialités qui s’offrent à lui et donc les décisions d’actions à effectuer face à une problématique situationnelle ainsi évolutive.

Compte-rendu phénoménologique :

compte-rendu qui est fait par une personne en fonction de ce qu’elle ressent du point de vue le plus intime.

Cadre interprétatif :

cadre qui sert à l’interprétation. Un cadre est très facilement interprétatif car il sert très naturellement d’arrière-plan à la compréhension des choses. Dès que l’on veut « comprendre » (donner du sens) quelque chose, on construit autour de ce quelque chose un « cadre ». Il devient de ce fait : « un cadre interprétatif ». La mauvaise compréhension entre les collaborateurs sociaux vient souvent du fait qu’ils ne se réfèrent pas au même « cadre interprétatif ».

Contextualisation :

se dit d’une activité qui relève d’une « mise en contexte » (ou insertion dans un cadre), quel que soit le contexte (ou cadre) utilisé. On « contextualise » quelque chose, en mettant ce quelque chose dans un environnement. Cette mise en rapport avec un arrière- plan, s’appelle une « contextualisation ». Une « contextualisation », fait émerger des significations, car une chose prend du sens dans un contexte (ou cadre) de référence. Si deux personnes ne prennent pas le même contexte de référence (ou cadre de référence) pour comprendre quelque chose, elles vont le comprendre différemment. Ce phénomène est un processus naturel chez les êtres vivants : pour comprendre les choses, ils les mettent « en contexte », c’est-à-dire qu’ils construisent mentalement un environnement de lecture du phénomène (Mucchielli A., 2005).

La sociologie interprétative a étudié comment les acteurs sociaux peuvent arriver à se comprendre en aboutissant, tout de même, à des définitions communes des éléments du monde. La psychologie sociale clinique systémique de l’école de Palo Alto, a étudié les divergences de définition des éléments de situation qui surgissent dans les petits groupes (des familles surtout), pour mettre ensuite en œuvre, des stratégies de communication, qui reconstruisent des définitions communes, plus utiles aux acteurs en présence.

A travers leurs travaux, les auteurs de la sociologie interprétative et de la psychologie sociale clinique systémique, ont mis en évidence deux grandes catégories de processus qui participent, du point de vue des acteurs, à la construction de leur propre réalité sociale. Ces processus sont, d’une part, les processus de « contextualisation primaire » et, d’autre part, les processus « communicationnels de contextualisation ».

Un « processus de contextualisation primaire » est consubstantiel au fonctionnement permanent de mon intelligence des faits. Dès que je commence à appréhender quelque chose que ma sensibilité diffuse (liée à mes projets, mes actions, mon expérience biographique, mes émotions réveillées, ...), me fait entrevoir, je pose le sens de ce quelque chose comme une inconnue (« qu’est-ce que cela veut-dire ? »). Je vais alors instantanément réunir autour de ce quelque chose un ensemble d’autres faits qui lui semblent liés et qui vont donc constituer un contexte pour ce phénomène. C’est dans ce contexte, construit par mon esprit toujours en mouvement, que le phénomène initial va prendre son sens. Ce contexte va se préciser jusqu’à devenir un “contexte pertinent”, contexte qui s’impose alors avec évidence pour la compréhension du phénomène. Bien entendu, je peux me tromper en associant le phénomène à d’autres phénomènes qui n’ont pas de rapport avec lui et que je prends à tort comme ayant un rapport. Je construis alors un « contexte interprétatif », contexte qui va me mener à trouver une signification-pour-moi éloignée de la « signification objective » (Popper, 1984), c’est-à-dire de celle qui aurait été construite avec l’émergence du contexte approprié (ici « contexte pertinent » du point de vue de mes projets). Les phénomènes, n’apparaissent donc pas directement aux acteurs avec des significations qui seraient « incorporées » en eux, à la manière dont la linguistique voyait le « message », lequel contenait, en lui-même, son sens. Les significations « émergent » à partir d’un travail, intuitif et immédiat, fait par le sujet en action, avec ses projets et ses habitudes cognitives, affectives et comportementales. Il s’agit toujours d’un travail de « mise en relation » avec un contexte construit. Ce travail intègre divers va-et-vient de « documentation” (au sens de l’ethnométhodologie) et de complémentation avec d’autres phénomènes concomitants et aussi de comparaison avec des structures situationnelles connues, intégrant les phénomènes en question. Le phénomène de la contextualisation est donc complexe. Il est toujours circulaire et bouclé sur lui-même. Car dès que je “perçois” quelque chose, ce quelque chose est perçu avec une signification et c’est donc que la contextualisation s’est déjà faite. Cette contextualisation est faite en permanence par rapport au “problème qui m’occupe”, comme le dit Schutz (1987), et par rapport à mes actions en cours et aux objets significatifs sur lesquels elle s’appuie (comme le dit la théorie de l’action située). Le “problème qui m’occupe” étant par ailleurs, partie constitutive de mon “système de pertinences”.

Un processus « communicationnel de contextualisation » est consubstantiel au fonctionnement permanent de mes activités d’expression (conduites, attitudes, manières d’être, verbalisations,...). En effet, à travers ces activités expressives, je réagis à une définition personnelle que j’ai de la situation, définition que de ce fait, je propose implicitement aux autres. Par ailleurs, bien sûr, et c’est plus évident, ces activités cherchent à proposer directement aux autres ma définition de la situation. Dans ces processus, mes activités communicationnelles construisent, plus ou moins ouvertement, donc, un “contexte pertinent” dans lequel je veux voir les autres se situer. Ces autres, bien entendu, ont leurs propres définitions du “contexte pertinent” qui doit être pris en référence dans la situation commune. Une négociation s’engage alors pour arriver à construire quelque chose de partagé.

Cadres (ou contextes) constitutifs d'une situation :

la « théorie des processus de la communication », que j’ai développée (Mucchielli, 1998), considère la communication comme un processus de transformation de la situation. Pour mieux décortiquer les transformations qui ont lieu, toute situation est décomposée en “contextes”, ceci en référence aux nombreuses études faites en sciences humaines qui ont toutes mis l’accent sur un ou plusieurs de ces “contextes”. On considère, donc que toute situation est constituée de sept “contextes”, tous ces contextes étant présents en même temps et enchevêtrés entre eux.
1-le cadre expressif des identités des acteurs : ce qui est communiqué prend un sens par rapport à ce que l’on sait ou à ce qui est affiché des intentions, des projets et des enjeux des acteurs en présence ;
2- le cadre culturel de référence aux normes et règles collectivement partagées : ce qui est communiqué prend un sens par rapport à ces normes appelées ou construites au cours des échanges ;
3- le cadre des positions respectives des acteurs : ce qui est communiqué prend un sens par rapport aux positionnements des acteurs entre eux ;
4- le cadre relationnel social immédiat : ce qui est communiqué prend un sens par rapport à la qualité de la relation entre les collaborateurs et prend aussi un sens dans l’ensemble du système interactionnel créé ;
5- le cadre temporel : ce qui est communiqué à tel moment prend un sens par rapport à ce qui s’est dit avant;
6- le cadre spatial : ce qui est communiqué prend un sens par rapport à la disposition du lieu et à ses contraintes s’imposant à tous ;
7- le cadre physique et sensoriel : ce qui est communiqué prend un sens par rapport à l’ensemble des éléments sensoriels qui arrivent aux différents sens : vue, ouïe, proprioception, odorat, et toucher.

Tous ces « cadres » sont là en même temps. Le sens global d’une activité est donc la
résultante de la sommation des significations prises par l’activité faite dans ces cadres. Le problème du repérage du “cadre le plus pertinent” (le cadrage final) pour les différents acteurs se posant d’ailleurs en permanence, comme l’a bien signalé l’école de Palo Alto. Ces contextes (ou dimensions de toute situation) ne sont pas issus d’une analyse a priori de la “structure fondamentale” des situations humaines, quoiqu’une bonne analyse phénoménologique aurait pu nous y mener. Ils ont été formalisés à partir des contextes de référence que les chercheurs en sciences humaines ont eux-mêmes signalé dans leurs études.

Chacun de ces cadres, du point de vue d’un acteur, est constitué d’un ensemble “d’éléments significatifs” (qui ont une parenté avec les “objets cognitifs” de la cognition distribuée).

Cadre (ou contexte) des positionnements :

les collaborateurs sociaux, impliqués dans une situation, ne peuvent pas ne pas avoir des positions réciproques dans cette situation. L’ensemble de ces positions forme le “cadre des positionnements”. Un positionnement peut découler des statuts, des rôles historiques ou actuels. Il découle aussi des places que s’attribuent les collaborateurs au cours de leurs échanges.

Cadre organisationnel : toile de fond qui sert de “cadre pertinent” aux membres d’une organisation pour comprendre les phénomènes communicationnels qui se déroulent dans leur organisation. Ce “cadre pertinent” est généralement partagé, à travers une acculturation spécifique, par tous les membres qui ne sont pas des nouveaux. Il est constitué de divers éléments aussi bien culturels (les normes du management occidental), que sub-culturels (les habitudes maison), ou encore relationnels (les conflits incessants entre les commerciaux et la production), ou de positionnement stratégique des acteurs sociaux (la lutte entre le directeur et le directeur adjoint), comme encore des éléments “matériels” (les communications difficiles entre le siège et les usines),...

Ce cadre est nécessairement la toile de fond, pour les membres de l’organisation, de toute compréhension d’un phénomène communicationnel se déroulant à l’intérieur même de l’organisation.

Cadre pertinent pour un acteur : le “cadre pertinent” est celui qui compte -du point de vue duquel un analyste veut se placer, ou du point de vue d’un acteur engagé dans l’action- pour faire émerger une signification d’une communication généralisée. Pour un acteur, le cadre d’interprétation est “pertinent”, lorsqu’il est évident et approprié, pour lui, compte tenu de ses enjeux, de ses orientations d’actions, de sa situation biographique, etc. Le “cadre pertinent” est donc corrélatif d’une “orientation d’esprit” et d’actions en cours. Il peut exister plusieurs “cadres pertinents” pour interpréter, dans la totalité de ses significations, et du point de vue de différents acteurs, une communication généralisée.

Tout « audit », toute analyse, toute interprétation ou diagnostic, ..., demande la mise en avant d’un ou de « contextes pertinents ». Si une entreprise construit un nouvel atelier, l’interprétation de cette construction est faite dans le cadre de son développement économique et donc du combat concurrentiel avec les autres entreprises de son secteur. Dans ce cadre, elle signifie que l’entreprise entend développer et adapter sa production pour tenir la concurrence. Ce cadre est un des cadres pertinents de lecture de cette communication généralisée.

Si l’on apprend que le nouveau PDG est le jeune fils de l’ancien patron -lequel était un autodidacte- et que ce fils a fait une grande école de commerce et a des difficultés de reprise en main de ses cadres et personnels, très attachés au style de management de son père, on peut, dans ce nouveau cadre pertinent, interpréter sa décision de faire construire un nouvel atelier de production comme un élément de stratégie personnelle d’affermissement du pouvoir chancelant de ce fils. Par cette décision, en effet, il montre que c’est lui qui décide et il focalise ses personnels sur des problèmes nouveaux (structuration, affectations, ...), liés à cette décision.

Éléments significatifs d'une situation : donnée humaine, idéelle ou matérielle, présente dans une situation et qui, compte tenu des activités en cours, des orientations d’esprit et d’autres éléments significatifs de la situation avec lesquels elle forme une configuration, apparaît, à un ou plusieurs acteurs, avec une signification subjective particulière qui la met en avant et la fait devenir constitutive de la situation vécue, alors que d’autres données, présentes également et dites objectives, de cette même situation, ne sont pas prises en compte dans la définition de la situation parce que n’ayant aucun sens pour ce ou ces acteurs (ils sont “hors de propos”). “L’élément significatif pertinent” n’est donc pas une donnée de la situation, mais une émergence. Il définit, avec les autres éléments significatifs pertinents de la situation, la “problématique de la situation” pour le sujet. Il est porteur d’une “signification” et il est, d’une certaine manière aussi, cette signification. Il intervient donc dans le raisonnement immédiat du sujet en situation et en action pour la poursuite de son activité.

Cet élément est donc signifiant, pour le sujet, dans la situation d’activité dans laquelle il se trouve. Cet élément, à travers sa signification, offre au sujet des potentialités d’interactions et un certain nombre de connaissances incorporées qu’il peut activer et sur lesquelles il peut s’appuyer pour agir (comme dans l’action située). Les éléments significatifs se retrouvent d’ailleurs dans tous les “cadres constitutifs d’une situation”. Il y a donc des éléments significatifs qui sont des enjeux, d’autres qui sont des normes, des positionnements ou des relations qualifiées.

Un “éléments significatif” d’une situation s’offre comme matériau de base au travail de la communication (Zarifian, 1996, p. 137). La communication généralisée de tel ou tel acteur, va s’appuyer sur tels ou tels “éléments pertinents” partagés pour le modifier, le mettre en avant ou le faire disparaître et ainsi modifier tel ou tel cadre de la situation et, par conséquent, modifier la situation toute entière. Les “potentialités à créer du sens”, signalées par Zarifian qui n’en précise pas l’origine, viennent très exactement de là.

Les éléments significatifs d’une situation ont les propriétés des “objets cognitifs” de l’action située. Ce sont donc des objets matériels mais ils peuvent être aussi des éléments intellectuels (des habitudes de penser, des règles) et aussi encore des ensembles typiques d’actions (des pratiques, des usages, ...) (Descombes, 1996). Il existe par ailleurs, tout un système de relations entre ces différents “objets cognitifs”. Ainsi une urne (objet matériel), renvoie à l’habitude culturelle de débattre et de trancher démocratiquement (une norme) et aux institutions qui réifient cette norme (les institutions de la République). Enfin, des artefacts physiques peuvent être substitués aux objets du monde. Ils réduisent donc le travail de représentation interne. On peut apprendre directement à partir de ces “artefacts cognitifs”. Dans de nombreux cas, ils sont de meilleurs instruments que les objets physiques.

La communication d’un sujet ou d’un groupe est, en grande partie, un processus qui vise à transformer divers objets cognitifs constitutifs de la situation d’un autre acteur ou à appeler, dans la vision individuelle de la situation de cet autre acteur, des objets cognitifs nouveaux. C’est par cet intermédiaire des éléments significatifs (ou objets cognitifs) que la communication généralisée transforme la situation-pour-l’autre et vise à le faire agir en transformant, du même coup, les significations des éléments de la situation et les significations des actions en cours et à venir.

Enjeux et projets (cadre des) :

un sujet ou un groupe ne peut pas être dans une situation sans avoir, par rapport à cette situation, des préoccupations ou des « projets ». Être dans une situation, c’est nécessairement essayer de gérer cette situation et donc quelques-unes des problématiques qu’elle contient. La situation dans laquelle est le sujet le sollicite et lui pose toujours un certain nombre de problèmes : comment me comporter, comment faire passer mes idées, comment ne pas indisposer le chef, comment me servir de cette situation pour un dessein plus lointain, ... Ces problèmes ont à voir avec ce qui est en jeu pour lui, maintenant et plus tard (ses enjeux). Dans chaque cadre situationnel (situation plus ou moins large pour un acteur), on peut essayer d’expliciter les enjeux primordiaux du sujet en question. L’enjeu du sujet, c’est alors ce qui est, d’une manière primordiale, en jeu, pour lui, dans la vision individuelle qu’il a de la situation. L’enjeu du sujet oriente sa perception de la situation et des faits s’y déroulant. Il oriente aussi toutes ses activités en situation. Les enjeux d’un acteur social sont plus ou moins immédiats et concrets. Ils s’insèrent nécessairement dans une temporalité. L’ensemble des enjeux des acteurs sociaux d’une situation, constitue le cadre des enjeux. Cette proposition postule qu’un acteur du fait même de son existence et de sa présence dans la situation ne peut pas ne pas avoir d’enjeux. L’enjeu est consubstantiel à la nature humaine. L’homme, “jeté au monde”, doit se trouver des raisons d’être ou d’agir. Si l’enjeu, c’est “ce qui est en jeu dans la situation” du point de vue existentiel pour cet acteur. Ce peut être la poursuite d’une finalité, ce peut être l’atteinte d’un objectif très concret.

Les enjeux d’un sujet en situation concernent différents niveaux de son implication dans le monde. Ils participent d’ailleurs au découpage, pour lui, de différents “cadres situationnels” (ou situations pour lui). Ces cadres situationnels s’emboîtent du plus général (enjeux de toute une vie) au plus particulier (enjeux de la situation immédiate) en passant par des cadres situationnels médians (enjeux professionnels, enjeux à moyen terme,...).

Le sujet choisit l’enjeu prépondérant pour lui dans le moment. Il peut, bien entendu, passer d’un enjeu à l’autre à tout moment de son activité. Ce faisant, il transforme la “situation-pour-lui”. En effet, une partie des éléments de la situation-pour-lui sont corrélatifs aux enjeux qu’il prend. Les enjeux en situation fonctionnent comme l’intentionnalité : ils “éclairent” la situation globale pour en délimiter le “cadre situationnel” et en faire émerger les éléments essentiels pour le sujet.

En ce sens, c’est la prise en considération des enjeux des autres acteurs de la situation qui ouvre à un acteur la compréhension des définitions de la situation pour ces différents acteurs. C’est l’obnubilation du sujet sur ses propres enjeux qui l’empêche, le plus souvent, de percevoir la complexité de la “situation totale” et qui l’empêche de concevoir des stratégies appropriées d’actions lesquelles passent toujours par la prise en compte des enjeux des autres acteurs.

Les enjeux des acteurs sont donc, pour eux, comme des lunettes déformantes. Pour être entendu et compris par un autre acteur, il faut donc chausser ses lunettes pour voir son monde et être capable de lui parler de son monde. C’est ainsi qu’en communication on dit “qu’il faut parler le langage de l’autre”. Parler le langage de l’autre, c’est lui présenter les choses de son point de vue. Il ne s’agit pas de transformer ces choses (mentir, masquer,...), mais de reformuler ces choses d’une autre façon, d’adapter un autre point de vue pour les décrire et les analyser.

Les enjeux des acteurs sont assez accessibles si l’on prête attention à leurs conduites, à leurs discours et à leurs réactions face à divers problèmes. Ils transparaissent nécessairement car ils fondent la cohérence des activités de le sujet.

On peut aussi accéder aux “enjeux” d’un acteur en enquêtant sur ses “intérêts” dans les diverses situations dans lesquelles il agit. La notion “d’enjeu” est proche des notions de projet (projet de vie, projet professionnel, projet dans la situation). Elle formule ce que le sujet a l’intention de réaliser à travers sa conduite en situation.

Intrasubjectifs :

qui se passent ou se déroulent à l’intérieur du psychisme et qui, de ce fait, renvoient à la subjectivité des acteurs sociaux en cause.

Logique d’une structure :

résultante de l’ensemble des contraintes de la structure qui pousse à voir les choses, à se conduire, à réagir, … d’une certaine manière. Force d’induction interne à la structure, généralement hors d’atteinte de la conscience des acteurs, qui les conduit à agir dans une certaine orientation de leurs actions.

Modélisation de la situation pour un sujet

Pour connaître la vision individuelle de la situation-problème pour une personne ou un groupe, il faut s’appuyer sur l’observation des actions, le recueil des dires du sujet et des témoins, ainsi que sur des entretiens avec lui (ou avec les personnes du groupe), si on le peut. Ces « données » ne sont pas prises au pied de la lettre. Elles suscitent un travail d’analyse qui aboutira à la formulation de la définition de la situation pour le sujet. Ce qu’est, en particulier, le « travail d’induction » qu’il faut faire à partir des observations pour arriver à formuler des éléments pertinents de la situation pour le sujet. La formalisation de la vision individuelle de la situation par le sujet explicite donc les « éléments pertinents » contenus dans les différents « contextes constitutifs d’une situation ».
Les derniers travaux en sciences humaines ont mis à notre disposition des moyens simples d’accéder à la connaissance de cette « situation pour le sujet ».
J’ai proposé une « modélisation » simplifiée de la situation collective des acteurs au travail dans une organisation (A. Mucchielli, 2004). Cette modélisation se réalise sous la forme d’un « tableau panoramique » qui est renseigné à partir d’une enquête de terrain.

Le « tableau panoramique » de la situation

Eléments
des
cadres

Sujets Normes Enjeux Positionne-ments Qualité des
relations

Sujet 1



Sujet n

Grille d’enquête ou tableau de modélisation de la situation


Norme :

une norme est une règle ou une valeur qui sert de référence dans un jugement ou pour une conduite. Les normes de la situation guident les conduites des personnes en situation, car, chaque situation peut avoir ses propres normes. Les normes ont très souvent la caractéristique de n’être pas écrites et explicitées. Elles sont partagées par les membres d’une collectivité qui se reconnaissent d’ailleurs à travers elles. On apprend les normes culturelles par la socialisation de base en fréquentant les lieux de socialisation que sont l’école, la famille, les collectivités, … et en y découvrant les conduites produites et acceptées par tous. De même, on apprend les normes professionnelles par l’acculturation professionnelle et la pratique des conduites professionnelles approuvées.

Normes de l’action (cadre ou contexte des) : les normes de l’action et du jugement sont constamment présentes car on ne peut pas échanger ni se comprendre en dehors d’un minimum de référents communs sur ce qu’il est “normal” de faire et de dire dans telle ou telle situation sociale. Une norme peut toujours se traduire sous la forme d’une sentence ou d’une règle : on doit, il faut,... La société nous fournit quantités de “normes” : culturelles, sociales, organisationnelles, groupales, familiales,... Ces normes préexistent aux acteurs qui, en général les suivent (conformisme) car ils les ont assimilées en s’y trouvant toujours confrontés. Il existe, par ailleurs, des normes qui sont construites par les collaborateurs au cours de leurs échanges. Les manières de faire et de dire, acceptées par tous, deviennent vite des normes interpersonnelles ou des quasi-rituels collectifs.

Les normes sont des règles, le plus souvent implicites, sociales et partagées. Elles sont nécessairement présentes dans une situation, laquelle a toujours son insertion sociale. Elles guident les conduites et les jugements des acteurs. Elles constituent donc des référents communs aux acteurs. C’est par elles que les « visions de la situation » sont normalement en partie partagées. Elles constituent le « sous-contexte normatif » de toute situation. Les normes sont rarement explicitement présentes à la conscience des acteurs. Il faut faire un effort spécial pour se rendre compte qu’elles sont là. Ceci est dû à un phénomène d’habituation.

Aucune communication ne peut donc se faire en dehors d’un contexte culturel qui est « déjà là ». « Les systèmes symboliques que les gens utilisent pour construire des significations sont déjà en place ; ils sont « déjà là », profondément enracinés dans la culture et dans le langage. Ils constituent une boite à outils commune particulière : celui qui les utilise devient du même coup le reflet de la communauté ». Pour communiquer socialement, nous avons à notre disposition des « ressources de sens » qui sont déposées dans « l’arrière-plan du monde de la vie » par toutes les conclusions de la sagesse du sens commun. Ces conclusions sont tirées de toutes les expériences sociales vécues et racontées. Un tel « arrière-plan de sens commun » est déposé historiquement sous la forme de sentences, proverbes, dictons, maximes qui forment « le tissu normatif d’un monde traditionnel ». C’est par rapport à cette « normativité prudentielle » ou ensemble des « morales des histoires vécues », que les actions de communication de la vie courante prennent un sens. Il s’agit bien là d’un contexte normatif. C’est celui qui est, certes, construit par les Hommes mais aussi qui préexiste à tout nouvel arrivant sur la scène humaine. Ce nouvel arrivant devant l’apprendre pour comprendre le sens de ses actions et de celles des autres. La signification de tout acte de communication est
donc bien un phénomène culturellement médiatisé.

Les collaborateurs peuvent aussi ne pas partager toutes les normes. Ils ont toute latitude, à travers leurs communications, pour intervenir sur les normes implicites présentes et en faire intervenir d’autres dans les visions de la situation.

Dans les entreprises, l’appel aux normes « déjà là » est une forme de communication constamment mise en œuvre d’une manière souvent implicite. En effet les
supérieurs “donnent des instructions” à leurs subordonnés, ils leur fixent “des missions”, ils leur “demandent de faire tel ou tel travail”... A aucun moment, les supérieurs en question, pour présenter et justifier leurs demandes, ne disent des choses du genre : “conformément à votre définition de poste je vous demande...”, ou encore : “en conformité avec votre cahier des charges, validé par le C.A, en séance du tant... je vous ordonne de....”, ils ne disent pas non plus à leurs cadres : “compte tenu de la nature compétitive dans laquelle se trouve notre entreprise sur son marché, et compte tenu de votre embauche comme cadre, qui signifie que vous avez accepté de l’aider, avec vos compétences, à soutenir cette compétition, je vous fixe comme mission pour les trois mois à venir...”. Ils ne prennent pas ces précautions oratoires ou ne font pas ces rappels parce que leurs demandes “vont de soi” dans l’univers de l’entreprise. Il “va de soi” que ce “rappel” aux normes, fixant la légalité de la demande ainsi que le cadre normatif des travaux demandés, n’a pas besoin d’être fait. Le contexte normatif des conduites des différents acteurs dans l’entreprise est présent à la conscience de tous. Le fait même qu’un supérieur “demande” telle ou telle chose, entrant dans le cadre de ces normes préétablies, à un subordonné, fait appel à ces normes. La communication en entreprise ne peut qu’en de très rares cas (signalés alors par la mise en œuvre de processus spécifiques de communication), faire abstraction du contexte des normes préexistantes. L’adhésion des subordonnés aux demandes est alors à concevoir comme le résultat de l’accord sur le sens des demandes. Il y a accord, car supérieurs et subordonnés, se référant aux mêmes normes, sont dans le même cadre normatif. Lorsqu’il y a “débat” sur des demandes, c’est que le débat lui-même se fait alors en référence à une norme de discussion admise. Comme pour tout processus d’influence, l’adhésion des subordonnés ne se fait pas par action directe de la parole des supérieurs (mythe de la suggestion par la parole), mais à travers des actions sur le contexte normatif.

Des normes préexistent donc toujours aux échanges. Ceux-ci prennent un sens par rapport à ces normes comme nous venons de le voir. Mais il ne faut pas oublier que les collaborateurs sociaux, à travers leurs échanges, participent aussi à la construction des référents normatifs de leurs propres échanges. Ils le font plus ou moins volontairement et plus ou moins consciemment. Ces processus de construction des normes sont particulièrement évidents dans les organisations à travers les différentes procédures de communication qu’elles mettent en place.

Panoramique des visions individuelles d’une situation :

il s’agit d’une construction intellectuelle, faite du point de vue d’un observateur extérieur à la situation, qui reprend, en un tableau synoptique, toutes les visions individuelles de la même situation faites par les collaborateurs différents engagés dans cette situation.

Positionnement (cadre des) :

le positionnement, c’est la place que l’on tient dans une situation. On est le chef ou le collaborateur, on est un membre actif ou on est spectateur, on est entraîneur ou saboteur de l’action ... On ne peut pas ne pas être situé dans une situation, compte tenu de l’action que l’on effectue. C’est évidement en partie en fonction de ses conduites que l’on se situe et que l’on est situé. Ce positionnement est aussi en relation avec le projet d’action que l’on met en œuvre dans la situation et l’ensemble des relations que l’on entretient avec les autres acteurs. Les collaborateurs sociaux, impliqués dans une situation, ne peuvent pas ne pas avoir des positions réciproques dans cette situation. L’ensemble de ces positions forme le “cadre des positionnements”. Un positionnement peut découler des statuts, des rôles historiques ou actuels. Il découle aussi des places que s’attribuent les collaborateurs au cours de leurs échanges.

Toute communication peut être considérée comme contribuant à positionner les collaborateurs échangeant les uns envers les autres. Le simple fait d’ouvrir la bouche pour dire quelque chose, c’est se positionner comme “ayant quelque chose à dire dans les circonstances présentes”. On ne peut pas ne pas être positionné par rapport aux autres et la communication-en-acte en est le moyen principal. Toute communication est porteuse d’une proposition de définition des “places” des interlocuteurs aussi bien à travers son contenu qu’à travers la manière dont elle est faite.

Toute société produit, sans arrêt, des indicateurs de position. Ainsi, par exemple, dans notre culture, la forme, le lieu d’implantation, l’aspect extérieur des villas et maisons, signalent à tous, le positionnement social de leurs habitants ; la situation du bureau, son espace intérieur ainsi que son mobilier et sa décoration, positionnent son “propriétaire” dans l’organigramme de l’entreprise.

De même, les attitudes, les postures, les habits, les intonations de la voix, le regard,..., “classent” chaque individu de la cité dans la hiérarchie sociale informelle ; la forme de la lettre, la tournure de son contenu, la formule de politesse utilisée,..., positionnent son rédacteur par rapport à son destinataire.

Les groupes sociaux ont institutionnalisé des procédures de présentation permettant le positionnement de leurs membres. Que l’on pense aux procédures de présentation ou d’intronisation dans tout groupe : procédures d’exposition simples (on montre et on décline les caractéristiques identitaires remarquables de le sujet), procédures à base d’épreuves (concours, entretien, examen...), procédures électives avec diverses réglementations... Tous ces positionnements sont destinés à fonder la légitimité -pour le groupe d’accueil- du sujet présenté à occuper la position assignée. Les dispositifs d’accueil, de prise en charge, de traitement et de suivi que tel ou tel organisme social (caisse d’assurance, hôpital, centre de formation,...), met en œuvre auprès de ses abonnés ou clients, expriment la manière dont ces abonnés ou clients sont considérés (la place qu’on leur donne dans le fonctionnement de l’institution) ; la structure du dispositif pédagogique global que telle ou telle institution d’enseignement ou de formation met en place pour ses apprenants ou stagiaires, assigne une “place” à ces apprenants ou stagiaires (définit la manière dont ils sont “considérés”). Le journal télévisé s’évertue à nous mettre dans la position de “spectateur du monde”, une affiche publicitaire nous positionne comme un individu “qui a des besoins de consommation à satisfaire”... Toute communication est donc porteuse d’une proposition de définition des “places” des interlocuteurs.

Prémisses :

propositions premières ou postulats posés au départ d’un raisonnement comme vrais et intangibles. Une prémisse est aussi un a priori sur lequel on appuie une interprétation ou une vision des choses.

Problématique d’une situation :

problème(s) ou ensemble de questions qu’une situation pose à un (ou des) acteur(s) immergé(s) dans cette situation et qui en fait (font) une certaine lecture compte tenu des relations entre leur “orientation d’esprit”, leurs activités en cours et les éléments pertinents qui se configurent du fait même de leur situation biographique et de la situation donnée-construite.

Cette notion est issue de la philosophie existentielle qui considère que l’Homme est “jeté” au monde et doit faire face aux divers problèmes qui ne peuvent pas ne pas surgir.

Une situation ne peut pas ne pas contenir de problèmes pour les collaborateurs qui y sont immergés. Ils doivent définir leur être ensemble (la vivre) et ce qu’ils vont faire. Ils doivent donc la définir d’un commun accord ou constater leur désaccord, ils doivent la faire évoluer ou la faire perdurer,...

Les communications ont plusieurs finalités : participer à la construction d’une définition de la situation, se positionner, exprimer des enjeux, valider ou invalider des normes sociales, ..., et elles servent aussi, et à travers les interventions précédentes, à permettre aux acteurs de résoudre la problématique situationnelle, dès que celle-ci est communément appréciée.

Dans la conception situationnaliste de la communication, les différentes formes d’activités (parole, attitude, conduite, ensemble de conduites, enchaînement de ces types de communication généralisée,...), mises en oeuvre par un acteur social (individu, groupe, institution,...), sont à concevoir comme des éléments de solution que le sujet tente de mettre en œuvre face au(x) problème(s) qui constitue(nt) pour lui la trame des situations enchâssées dans lesquelles il se trouve.

Processus :

est un travail qui transforme quelque chose étant dans un certain état, en quelque chose qui va être dans un état différent. L’acculturation est un « processus » car elle prend l’être humain dans un état « inculturé » pour l’amener à un autre état dit « acculturé », état dans lequel l’individu a intégré une certaine culture.

Qualité des relations (cadre de la) :

les relations entre les collaborateurs sont rarement neutres et indifférentes (ce qui dénote tout de même une qualité de relation). Elles se colorent toujours à partir des sentiments d’attraction ou de répulsion éprouvés et de la volonté de fuir ou d’attaquer l’autre. Ainsi, l’amitié, la compétition, la menace, l’alliance, la soumission, la protection, la contradiction, la rivalité, le mépris, la relégation, l’exploitation,..., sont des qualités de relations que l’on trouve couramment dans le monde du travail.

Dans une situation, il ne peut pas ne pas exister des éléments qui qualifient les diverses relations qu’entretiennent entre eux les collaborateurs. Cet ensemble d’éléments est constitutif de la situation au même titre que les normes, les positions et les enjeux.

La qualité de la relation apparaît comme le fondement existentiel de la communication entre acteurs sociaux. En effet, un des phénomènes premiers qui a lieu lors d’une rencontre entre deux acteurs sociaux est le phénomène de sympathie-antipathie. La référence à la qualité de la relation avec notre semblable est une donnée primitive de l’existence sociale. Les psychologues ont plus précisément montré que communiquer c’est, en partie, établir et spécifier la relation établie avec notre semblable. Ils se sont efforcés de mettre à jour les règles intersubjectives qui président à la construction de cette relation (à un sourire, on répond par une attitude plus confiante, à un regard sévère, par une attitude de recul...).

L’école de Palo Alto a montré que la création de normes relationnelles se faisait tout au long des échanges banaux et quotidiens qu’entretenaient les individus. Watzlawick a montré, par exemple, que ces normes se fixaient souvent dans les premiers temps de l’échange. La manière dont chaque acteur social agit avec les autres contient des propositions de règles d’interactions. Si ceux-ci n’y répondent pas, ne contestent pas cette offre implicite, elle est présumée acceptée et les partenaires s’y conformeront dans la suite de leurs échanges .
C’est essentiellement par sa manière (la forme qui se différencie du contenu dans la communication), que toute communication participe à la construction de la qualité des relations. Les formes des interactions interviennent dans la construction de la qualité de la relation.

Signification et sens :

c’est ce que veut dire, dans une perception plus ou moins immédiate, un phénomène qui s’impose à notre attention. Une signification est une partie du sens que l’on donne au final à un phénomène qui nous intéresse. C’est donc un des éléments de la compréhension globale du phénomène considéré. Le sens du phénomène étant alors composé de l’ensemble des significations que l’on peut lui donner.

Situation et définition collective partagée de la situation : entité intellectuelle de référence qui est indéfinissable du point de vue « objectif ». Une situation donne toujours lieu à des visions individuelles faites par les différentes personnes concernées. Pour une collectivité d’acteurs, elle peut être vécue sous la forme d’une problématique partagée. Les échanges entre les collaborateurs peuvent les amener à construire une définition collective partagée de la situation.

Situation pour un sujet : en sciences humaines, la situation n’existe que pour quelqu’un. C’est donc pour cela que l’on dit « situation pour un acteur. C’est cette personne qui la définit selon son état d’esprit, ses enjeux et ses intentions du moment. En règle générale, du fait de notre acculturation et de notre socialisation, nous avons intégré de nombreuses normes, enjeux, intentions, … que nous partageons avec nos concitoyens, nos collègues et les personnes de notre communauté. C’est ce partage qui fait que, dans de nombreux cas, nous pouvons escompter que les autres définissent comme nous-même la situation.



Alex Mucchielli