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Le processus d’interprétation et de production des significations: la mise en contexte
Au commencement existe une interrogation sur le sens de ce que l’on perçoit
Dès que je commence à appréhender « quelque chose » que ma sensibilité (liée à mes projets, mes actions, mon expérience biographique, mes émotions…) me fait entrevoir, je pose le sens de ce « quelque chose » comme une inconnue (« qu’est-ce que cela veut dire ? »). On construit alors un contexte englobant pour comprendre le phénomène Je vais alors instantanément réunir autour de ce « quelque chose » un ensemble d’autres phénomènes qui me semblent lui être liés et qui vont constituer un contexte pour ce phénomène. C’est dans ce contexte, construit par mon esprit toujours en mouvement, que le phénomène initial va prendre sens. Ce contexte va se préciser à travers un travail permanent de mon esprit jusqu’à devenir un « contexte pertinent », contexte qui s’impose avec évidence pour la compréhension du phénomène. Bien entendu, je peux me tromper dans ma construction du contexte, notamment en associant le phénomène à d’autres phénomènes qui n’ont pas de rapport avec lui. Je construis alors un contexte interprétatif personnel, contexte qui va me mener à trouver une « signification-pour-moi », éloignée de la « signification objective », c’est-à-dire de la signification qui aurait été construite à partir de l’émergence du contexte « approprié ». Les significations émergent de cette mise en rapport Les significations « émergent » à partir de ce travail, intuitif et immédiat, de « mise en contexte », fait par le sujet en action, avec ses projets et ses habitudes cognitives, affectives et comportementales. Ce travail intègre divers va-et-vient de « documentation » et de complémentation avec d’autres phénomènes concomitants. Il intègre aussi un travail de comparaison avec des structures situationnelles connues, intégrant les phénomènes en question. C’est le processus de contextualisation Le phénomène de la mise en contexte est donc complexe. Il est toujours circulaire et bouclé sur lui-même. Dès que je « perçois » quelque chose, ce « quelque chose » est perçu avec une signification, et c’est donc que la mise en contexte s’est déjà faite… Cette mise en contexte est faite en permanence par rapport au « problème qui m’occupe », à mes actions en cours et aux objets significatifs sur lesquels elle s’appuie – le « problème qui m’occupe » étant, par ailleurs, partie constitutive de mon « système de pertinences » (ensemble des projets). Ce processus se fait normalement avec un contexte culturel banal Par ailleurs, étant dans un monde social et ayant généralement la préoccupation fondamentale de vivre, à minimum, « sans problèmes forts » dans ce monde social, j’ai toujours avec moi un contexte interprétatif culturel standard, que je sais partagé par mes semblables présents dans la situation, et qui me sert de premier environnement de lecture. Ce processus de construction du sens est dynamique Non seulement les contextes contribuent à forger les significations des phénomènes, mais contextes et significations se construisent à travers les activités interprétatives elles-mêmes. Les significations des choses sont des « émergences » : le sens émerge des situations dans lesquelles les activités se déroulent. Ces situations sont co-construites par les collaborateurs en présence. Le sens n’est donc pas une donnée préalable, stockée dans une quelconque banque de données commune à tous, d’où on pourrait le sortir à la demande. Par ailleurs, la « donnée » ne prend sens que par rapport à un acteur particulier : celui qui va à son devant, qui l’intègre comme pertinente par rapport à ses préoccupations et intentions, tout en la situant dans des contextes pertinents pour lui. La « même donnée » peut ainsi prendre différentes significations selon les mises en contexte différentes réalisées par les collaborateurs. L’action humaine découle de la perception de significations positives Ce qui déclenche les activités humaines, ce sont leurs significations positives pour l’homme. Le problème de la motivation, par exemple, se ramène alors au problème des significations positives qu’il faut accoler aux activités que l’on veut faire faire. Nous pouvons dire que le sens naît toujours d’une confrontation de l’activité humaine à des éléments du contexte. Il est toujours issu d’une mise en contexte de quelque chose par quelque chose d’autre. Alex Mucchielli
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