Illustration du premier principe de la sémiotique situationnelle : "la poignée de main"

Cet exemple peut être utilisé pour illustrer le premier principe, mais aussi pour montrer :
- qu’un contexte n’est jamais seul et que la situation, dans laquelle se déroule l’activité à analyser, est toujours constituée de plusieurs « contextes » ;
- que les « contextes » pertinents de référence sont construits par chaque acteur de la situation ;
- que ces contextes pertinents peuvent donc être différents et que l’activité peut donc prendre, dans la soi-disant « même situation », des significations différentes pour les différents acteurs :
- que la « communication » peut transformer un contexte et, par conséquent, changer le sens initial de la même activité se déroulant dans le premier contexte.



« Le sens nait toujours d’une mise en relation avec un « contexte » »


Cet exemple peut être utilisé pour illustrer le premier principe, mais aussi pour montrer :

-qu’un contexte n’est jamais seul et que la situation, dans laquelle se déroule l’activité à analyser, est toujours constituée de plusieurs « contextes » ;
-que les « contextes » pertinents de référence sont construits par chaque acteur de la situation ;
-que ces contextes pertinents peuvent donc être différents et que l’activité peut donc prendre, dans la soi-disant « même situation », des significations différentes pour les différents acteurs :
-que la « communication » peut transformer un contexte et, par conséquent, changer le sens initial de la même activité se déroulant dans le premier contexte.

Illustration du premier principe de la sémiotique situationnelle : "la poignée de main"

Prenons deux contextes que nous connaissons bien : le contexte du travail quotidien et le contexte des relations familiales entre cousins-cousines, beaux-frères-belles sœurs…

Ces « contextes » s’insèrent d’ailleurs dans une « contexte » plus vaste : le contexte culturel français. Les analyses que nous allons faire sont valables pour cette culture. Il peut en aller autrement pour une autre culture.

Des études et des recherches pourraient d’ailleurs être faites sur ce thème : montrer comment, pour des actes simples de la vie quotidienne, les différents contextes culturels nationaux, en font varier les significations (cf. E.T. Hall et E. Carrol, Evidences invisibles, Seuil et toutes les études sur la « communication culturelle »).
Illustration du premier principe de la sémiotique situationnelle : "la poignée de main"

Dans le contexte culturel français et dans le contexte banal du travail, donner une poignée de main, lors de la première rencontre, est un signe assez neutre de civilité. Comme c’est une coutume, la signification d’un tel geste est simple et est comprise par tout le monde : « je fais des civilités normales pour te saluer ». Les deux contextes de référence : le contexte culturel et le contexte du travail sont les mêmes pour toutes les personnes présentes dans la situation. On sait d’ailleurs très bien ce que veut dire (car c’est une communication en même temps qu’une signification), « ne pas serrer la main dans ces conditions » ou, « faire tout ce que l’on peut pour éviter d’avoir à serrer la main de quelqu’un ».

Dans le contexte culturel français, entre cousins-cousines, entre beaux frères-belles sœurs…, on ne se serre pas la main, on se « fait la bise » (cela se fait aussi beaucoup sur le lieu de travail entre hommes et femmes). Le nombre de bises variant d’ailleurs selon les régions de France.

Dans de tels contextes, serrer la main de sa cousine (pour un cousin), ou serrer la main de son beau frère (pour une belle sœur), c’est d’abord refuser de se conformer aux normes sociales en vigueur. C’est aussi refuser la « proximité » qui est affichée à travers le rituel des « bises ». C’est donc « dire » : « Je ne t’apprécie pas assez pour montrer une quelconque proximité avec toi ». C’est donc « rejeter » la familiarité attendue.

Illustration du premier principe de la sémiotique situationnelle : "la poignée de main"

Remarquons enfin, que celui qui se dérobe au rituel de la bise familiale peut annoncer, avant de se dérober, qu’il a un rhume ou une quelconque maladie.

Cette information transforme le contexte culturel. En effet, elle introduit dans ce contexte une nouvelle « norme » qui va remplacer la norme de la civilité normale de la « bise ». Cette nouvelle norme est quelque chose du genre : « lorsque l’on est porteurs de microbes ou de germes de maladie, il faut préserver la santé des autres en s’efforçant de ne pas leur transmettre notre maladie ». C’est alors, par rapport à cette nouvelle norme, que la conduite du refus de la « bise » sera comprise autrement et acceptée.

On voit donc comment la « communication » agit sur la situation (à travers les contextes de cette situation). Dans notre cas, la communication change le contexte culturel (celui des normes sociales). La « même conduite », change donc de sens, puisque son contexte de référence a changé.

Alex Mucchielli