Le sourire émerge de la prise de conscience brutale de la fausse piste sur laquelle notre pensée était entrainée. Nous sommes ramenés à la « réalité » d’un canular. Le choc des deux situations arrivant à notre esprit déclenche le sourire.
Une blague d’Anne Roumanoff (11/5/08)
Dans sa célèbre émission : « On ne nous dit pas tout », faite à « Vivement dimanche » de Michel Drucker, voici une plaisanterie sur l’Education Nationale. A cette époque (mai 2008), les lycéens et les professeurs sont dans la rue pour protester contre une réforme du Bac et d’autres mesures.
« En ces jours de grève, le Ministre de l’Éducation Nationale veut instaurer le « service minimum ». Alors cela déclenche une polémique. Mais je ne comprends pas. Il y a longtemps que dans l’Éducation Nationale, c’est le service minimum ».
Dans ce commentaire sur les grèves du moment dans l’Éducation Nationale, il y a deux situations qui se télescopent :
1°) la situation actuelle, avec les grèves des enseignants qui protestent contre la volonté du Ministre d’instaurer un « service minimum », c’est-à-dire la mise en place de l’accueil des enfants dans les établissements scolaires les jours de grèves des enseignants, ceci dans le but de rendre service aux citoyens modestes qui ne peuvent se payer des gardes à domicile ;
2°) la situation passée et soi-disant constante dans l’Education Nationale intervient à travers un appel à un stéréotype culturel négatif des enseignants, situation dans laquelle les enseignants n’en font pas beaucoup (sont toujours au « service minimum »).
Anne Roumanoff fait semblant de confondre les enjeux affichés du Ministre (instaurer le service minimum), avec les enjeux permanents des enseignants (faire le service minimum). Elle « ne comprend pas » la polémique et nous laisse apprécier ce différentiel entre les situations évoquées.
Conclusion
Il est évident que la réflexion mettant au premier plan les « situations », comme le fait la sémiotique situationnelle, apporte de nombreux éléments méthodologiques aux diverses analyses que l’on peut faire sur les phénomènes de la vie quotidienne.
Nous avons vu cela, sur ce site, pour l’analyse des films, l’analyse des tableaux, l’analyse des conflits, l’analyse des motivations… Nous l’avons vu ici au sujet de l’humour.
L’humour, dans certains cas, est donc lié à l’émergence d’un différentiel amusant (opposition, contradiction, fausse symétrie…), entre deux situations liées et présentées en même temps. On appellera cela « l’humour de décalage situationnel ».