Aux sources de la sémantisation, comment les images "parlent" ?

Le texte montre comment fonctionnent les processus naturels de compréhension du sens des choses : comment des dessins, leurs formes, leurs couleurs, leurs dispositions, leurs présentations, leur assemblage…, font surgir des significations ; comment l’ensemble de ces significations s’agglomèrent-elles pour donner un sens final ?



Aux sources de la sémantisation, comment les images "parlent" ?
La sémiotique situationnelle est une sémiotique « naturelle ». Nous faisons spontanément appel aux processus qu’elle met en œuvre pour « comprendre » les choses de notre environnement, c’est-à-dire leur donner du sens. Nous allons décortiquer, sur un exemple, la compréhension du « message » délivré par un panneau de signalisation. Nous allons voir comment fonctionnent les processus naturels de compréhension du sens des choses. Dans cet exemple, il s’agit de saisir, par le détail, comment on interprète spontanément et naturellement une représentation graphique. Nous devons répondre à la série de questions suivantes : comment des dessins, leurs formes, leurs couleurs, leurs dispositions, leurs présentations, leur assemblage…, font surgir des significations ; comment l’ensemble de ces significations s’agglomèrent-elles pour donner un sens final ? Nous sommes donc là à la source de ce que l’on appelle la « sémantisation ». Processus qui consiste à donner du sens à ce que l’on perçoit. Je démontre dans cet article, et sur le cas exemplaire analysé, que la sémiotique situationnelle, avec le processus fondamental de la « mise en situation » permet de comprendre ce qui se passe dans cette « sémantisation ». La contextualisation (ou mise en contexte), qui est faite pour l’analyse de cet exemple est essentiellement une mise en rapport avec des éléments d’un contexte culturel. Les significations surgissent parce que le spectateur fait appel à des données culturelles (expériences, savoirs, références sociales…), qu’il possède par devers lui.


Analyse du panneau : « Attention au feu» (Laporte, 1974)

Conclusion

De toute l’analyse que nous avons faite à l’aide de la sémiotique situationnelle et des interpellations successives des éléments du contexte culturel, nous pouvons tirer des « règles » pour la compréhension sociale de la signalétique. On pourrait appeler cela des règles pour une « grammaire » de la signalétique.

Sept des règles fondamentales d’une grammaire de la signalétique


- un cadre rouge enferme l’image, appelle l’attention sur une action interdite ;
- un fond blanc, soutenant une image colorée, incite à la concentration sur le message porté ;
- un effet de profondeur permet de suggérer un enchaînement d’actions ;
- un élément pictural, mis au premier plan, sera perçu comme étant une « cause » première :
- le bas de l’image représente ce qui fonde les choses dites par le reste de l’image ;
- en signalétique, le noir est quasiment toujours représentant du triste et du sombre ;
- le « attention », en majuscules, est une « Forme » perceptive culturelle qui signale un danger concernant le spectateur.

Cet exemple nous a montré comment les significations liées aux mises en scène iconiques surgissaient. Il a montré l’importance du référentiel culturel dans la compréhension des messages destinés à tous. Il nous a permis aussi de montrer que la manipulation du contexte culturel et des objets culturels composant ce contexte, étaient à la source de la sémantisation des éléments de perception. La sémiotique situationnelle, avec sa notion de « contextes » composant la situation d’arrière-plan de l’action, est particulièrement armée pour décortiquer les processus de genèse du sens, non pas dans des textes et des discours, mais dans la vie quotidienne.

Le texte complet de cet article est en téléchargement dans : "Textes : théories et méthodes".

Alex Mucchielli